Enquête : le classement des thèmes populaires de WordPress.org en question

Après deux ans d’observation, Pavel Ciorici, fondateur de WPZOOM, affirme avoir identifié des anomalies majeures dans le classement d’un petit groupe de thèmes récurrents sur WordPress.org. Son enquête, publiée sur WP.MD, est documentée chiffre par chiffre.

Il prévient d’emblée : il vend des thèmes pour vivre, donc il est en concurrence directe avec la liste qu’il critique. À chacun de pondérer en conséquence.

Le constat

L’exemple central est celui du thème Envo Royal. Il occupait la 22e place de la liste des thèmes populaires au moment de la publication, avec plus de 30 000 installations actives affichées. À côté de ça : cinq notes, une moyenne de 3,7 étoiles, un forum d’assistance quasi vide et une seule « mise à jour » en un an, consistant en la modification de deux lignes du fichier readme.

Les mesures indépendantes racontent une autre histoire. Themesinfo.com détecte Envo Royal sur 297 sites en ligne. BuiltWith en a repéré environ 4 000 depuis toujours.

Pour comparaison, l’auteur donne son propre thème Inspiro : environ 60 000 installations affichées par WordPress.org, environ 62 000 sites détectés par BuiltWith. Les deux mesures indépendantes coïncident presque exactement. Quand un thème a de vrais utilisateurs, les robots d’exploration les trouvent.

Les motifs relevés

  • Une croissance arithmétiquement impossible. Un petit groupe de thèmes, les mêmes depuis 2024, gagne régulièrement de 5 000 à 20 000 installations actives en quelques jours, alors qu’ils sont téléchargés une vingtaine de fois par jour.
  • Des variations synchronisées. Quatre à cinq thèmes, publiés par des auteurs apparemment différents, gagnent ou perdent 15 à 20 places le même jour, de façon répétée, depuis deux ans.
  • Des auteurs moins différents qu’il n’y paraît. Plusieurs de leurs sites partagent le même identifiant Google Analytics.
  • Des sites fantômes. Sur une cinquantaine de sites trouvés via la mention de crédit en pied de page du thème, la plupart étaient des pages générées par IA pour des entreprises inexistantes, avec un contenu quasi identique répété d’un domaine à l’autre.

Les thèmes cités dans l’enquête incluent Envo Royal, Envo One, Futurio, Futurio Storefront, Popularis eCommerce et Spacr.

Ce que demande l’auteur

Pavel Ciorici précise ne disposer d’aucune preuve directe de fraude et n’avoir aucun accès aux serveurs de WordPress.org. Il appelle à trois choses : renforcer les contrôles, mieux expliquer les corrections apportées aux statistiques, et rendre le classement plus transparent. Il s’engage à publier en tête d’article toute explication que lui fourniraient les auteurs mis en cause.

Notre lecture

L’élément le plus solide de cette enquête n’est pas l’accusation, c’est la méthode de vérification croisée. Comparer les chiffres de WordPress.org à ceux de BuiltWith et de themesinfo sur son propre thème d’abord, pour montrer que les deux sources coïncident normalement, avant d’appliquer la même mesure aux thèmes suspects : c’est propre, et c’est reproductible par n’importe qui.

Cette histoire fait écho à un autre sujet de cette quinzaine : le refus de WordPress.org de rétablir les graphiques de croissance des extensions. Difficile de ne pas relier les deux. Moins de données publiques, c’est moins de possibilités de détecter ce genre d’anomalie de l’extérieur.

Le conseil pratique pour vous : ne choisissez jamais un thème sur son rang dans la liste des populaires. Regardez la date de la dernière vraie mise à jour, le nombre et le contenu des avis, l’activité du forum d’assistance et l’historique de l’auteur. Un thème à 30 000 installations avec cinq avis et un forum désert, c’est un signal d’alerte, pas un gage de qualité.

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