Mercredi 9 septembre, le média américain 404 Media a révélé que Matt Mullenweg, cofondateur de WordPress et PDG d’Automattic depuis 2005, venait d’être placé en congé par le conseil d’administration de sa propre entreprise. Quarante-huit heures plus tard, il avait repris son poste.

Entre les deux, l’écosystème WordPress a retenu son souffle. Retour sur l’épisode le plus rocambolesque qu’ait connu Automattic depuis le début du conflit avec WP Engine.
Une mise en congé votée contre son gré
404 Media a eu accès à des messages publiés par Matt Mullenweg sur le Slack interne d’Automattic. Le dirigeant y explique que le directeur financier de l’entreprise, Mark Davies, et trois membres du conseil d’administration (Ann Dunwoody, Toni Schneider et Sue Decker) ont voté pour le placer en congé.
Selon ses propres messages, Mullenweg n’a reçu la résolution que 50 minutes avant le début de la réunion. Il a demandé, sans l’obtenir, un délai pour la faire examiner par un avocat indépendant. Il a voté contre sa propre mise en congé et accusé les intéressés d’avoir conspiré dans son dos.
Mark Davies a été nommé PDG par intérim. Automattic confirmait dans la foulée le congé de son fondateur et assurait que le conseil avait pleinement confiance dans son nouveau dirigeant.
Un retour aussi rapide que l’éviction
Vendredi 11 septembre, Matt Mullenweg annonçait aux salariés, toujours sur Slack, que le conseil d’administration était de nouveau en accord et qu’il avait repris le contrôle d’Automattic. Le ton était suffisamment ambigu pour que TechCrunch se demande publiquement s’il était sérieux ou s’il était en train de troller.
Le doute a été levé le samedi 12 septembre : Automattic a confirmé à TechCrunch que Matt Mullenweg était bien de retour comme président du conseil d’administration et PDG, avec le plein soutien de ce même conseil.
Aucune explication n’a été donnée sur ce qui s’est joué en coulisses, ni sur les raisons qui ont poussé le conseil à revenir aussi vite sur sa décision.
Le projet open source n’a jamais été concerné
Précision importante si vous gérez des sites WordPress : cette mise en congé ne concernait qu’Automattic, l’entreprise. Le projet open source WordPress n’a jamais été dans la boucle.
Mary Hubbard, directrice exécutive de WordPress.org, a indiqué sur le réseau social X que Matt Mullenweg restait à la tête du projet. Il a d’ailleurs été désigné Release Lead de WordPress 7.2, attendue début décembre.
Notre lecture
Trois choses à retenir de cet épisode.
D’abord, votre site n’a rien à craindre. WordPress reste un logiciel libre, distribué sous licence GPL, installé sur des dizaines de millions de sites. Ce qui se passe dans la salle du conseil d’une entreprise de San Francisco n’a aucun effet sur votre installation. Il n’y a rien à faire, rien à surveiller, rien à migrer.
Ensuite, ce genre de secousse n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une séquence de deux ans particulièrement tendue : conflit judiciaire avec WP Engine depuis 2024, départ de 159 salariés en octobre de la même année, licenciement de 16 % des effectifs en 2025. Un conseil d’administration ne tente pas d’écarter un fondateur sur un coup de tête, et il ne fait pas non plus marche arrière en 48 heures sans raison.
Enfin, la question de la gouvernance reste entière. Le fait qu’une même personne dirige à la fois Automattic et le projet open source n’est pas nouveau, mais chaque épisode de ce type rappelle à quel point les deux sphères sont difficiles à séparer dans les faits. Celui qui promettait un billet de blog sur les événements a d’ailleurs publié, à la place, une annonce concernant l’achat d’une péniche historique de San Francisco. On a vu plus limpide comme communication de crise.
Nous continuerons à suivre le sujet. En attendant, mettez à jour vos extensions et sauvegardez vos sites : c’est nettement plus utile que de spéculer sur ce qui s’est dit dans un conseil d’administration.
