WordPress en Europe : l’Estonie en tête, la France dans la moyenne

Si vous cherchez le pays le plus « WordPress » d’Europe, ne regardez ni vers la France ni vers l’Allemagne : c’est l’Estonie. Selon une étude publiée en octobre par l’hébergeur européen Nettingale, 59,4 % des pages d’accueil estoniennes analysées tournent sous WordPress, devant la Lituanie (58,3 %) et l’Italie (57,2 %).

Au-delà du classement, le rapport livre une photographie assez fine du parc WordPress européen : hébergeurs dominants, versions utilisées, extensions les plus présentes. Et il met le doigt sur un vrai sujet de sécurité.

Méthode : 4 millions de pages d’accueil passées au crible

Nettingale s’appuie sur Common Crawl, une archive publique du web, et plus précisément sur l’exploration de septembre 2026. L’hébergeur a analysé 4 096 194 pages d’accueil réparties dans 32 pays européens : les 27 pays de l’Union européenne, plus l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Suisse et le Royaume-Uni.

Un site est compté comme WordPress lorsque sa page d’accueil présente au moins un marqueur du CMS (lien vers l’API, balise generator, chemins wp-content ou wp-includes propres au domaine). Seuls les domaines nationaux sont pris en compte : un site français en .com n’entre pas dans le calcul, seul le .fr compte.

Nettingale reconnaît lui-même quelques limites : une exploration ne contient pas tous les sites d’un pays, les installations dans un sous-dossier passent sous le radar, et de nombreux sites masquent leur version de WordPress ou de PHP. L’hébergeur précise aussi être juge et partie, puisqu’il vend de l’hébergement WordPress, mais il publie sa méthode et ses données sous licence libre.

Résultats : WordPress équipe près d’un site sur deux

Sur l’ensemble des 32 pays, WordPress équipe 47,6 % des pages d’accueil analysées, soit 1 949 558 sites. Le classement par pays réserve quelques surprises :

  • Estonie : 59,4 % ;
  • Lituanie : 58,3 % ;
  • Italie : 57,2 % ;
  • Finlande : 57,1 % ;
  • Espagne : 56,9 % ;
  • France : 49,8 % ;
  • Allemagne : 47,2 % ;
  • Royaume-Uni : 39 % ;
  • Tchéquie : 34,5 % (le score le plus faible parmi les pays comptant au moins 3 500 sites WordPress).

La France se situe donc légèrement au-dessus de la moyenne, avec 191 112 sites WordPress repérés sur 383 407 pages d’accueil en .fr.

Côté France : OVHcloud et o2switch en tête

Le rapport détaille aussi les hébergeurs dominants dans chaque pays. En France, OVHcloud (offres d’hébergement web) accueille 31,1 % des sites WordPress, devant o2switch (18 %) et IONOS (9,6 %). À eux trois, ils concentrent 58,7 % du parc français. Un marché bien plus concentré qu’aux Pays-Bas, où aucun hébergeur ne dépasse 8,8 %, mais bien moins qu’en Lituanie, où Hostinger héberge à lui seul 74,3 % des sites WordPress.

Côté extensions, Elementor arrive en tête de celles qui sont visibles sur les pages d’accueil européennes (27,7 % des sites), devant Contact Form 7 (25,4 %) et WooCommerce (10,4 %). En France, les boutiques WooCommerce représentent 10,7 % des sites WordPress.

Le point noir : des versions obsolètes

C’est la partie la plus utile du rapport. 21,6 % des sites WordPress analysés utilisent une version antérieure à WordPress 6.9. Et comme près d’un site sur cinq masque sa version, la proportion réelle est probablement plus élevée.

Côté PHP, le constat est pire. Parmi les sites qui affichent leur version de PHP (moins d’un tiers), 23 % fonctionnent encore sous PHP 7, une branche qui ne reçoit plus de correctifs de sécurité depuis fin 2022. En France, la proportion grimpe à 33 %.

Ce chiffre prend une résonance particulière ces jours-ci : deux failles critiques baptisées « PHP2Shell » viennent d’être corrigées dans PHP, et les versions antérieures à PHP 8.2 ne sont plus maintenues.

À mettre en perspective

Le chiffre de 47,6 % peut surprendre, car il dépasse nettement la part de marché mondiale de WordPress, estimée à 39,6 % par W3Techs. Attention toutefois : les deux organismes n’utilisent ni la même méthode ni le même échantillon, la comparaison est donc à prendre avec des pincettes.

D’autres chiffres complètent le tableau. Selon BuiltWith, plus de 37 millions de sites actifs utilisent WordPress dans le monde, dont près de 17 millions aux États-Unis, devant l’Allemagne (plus de 1,9 million). Côté langues, W3Techs place l’anglais loin devant (43,9 % des sites WordPress dont la langue est connue), suivi de l’espagnol (7,8 %) et du japonais (6,8 %). Le français représente quant à lui 4,69 % des installations recensées par les statistiques officielles de WordPress.org, et c’est la cinquième langue dans laquelle WordPress est le plus traduit.

Notre lecture

Que WordPress pèse près d’un site sur deux en Europe n’étonnera personne. Ce qui interpelle davantage, c’est la proportion de sites laissés à l’abandon technique. Un site sur cinq en retard d’au moins une version majeure, un tiers des sites français identifiables encore sous PHP 7 : ce ne sont pas des statistiques abstraites, ce sont autant de portes d’entrée pour des attaques.

La bonne nouvelle, c’est que la mise à jour de PHP ne demande en général que quelques clics dans l’interface de votre hébergeur. Commencez par vérifier votre version dans Outils > Santé du site > Informations > Serveur, puis suivez notre guide pour mettre à jour PHP sur WordPress.

Autre enseignement, plus franco-français : le duo OVHcloud et o2switch domine le marché hexagonal. Si votre site tourne chez l’un d’eux, la mise à jour de PHP se fait directement depuis votre espace client. Aucune excuse, donc.

L’étude complète de Nettingale →