Elementor se sépare d’environ 100 collaborateurs, soit près de 30 % de ses effectifs. L’éditeur israélien, qui propulse plus de 25 millions de sites WordPress, présente cette décision comme un « reset » stratégique face à la montée en puissance des outils IA de création de sites. Paradoxalement, l’entreprise annonce ces licenciements alors qu’elle est rentable et qu’elle reste le page builder le plus utilisé de l’écosystème WordPress.

Une « organisation plus légère » face à l’IA
Selon Calcalist, qui a couvert l’annonce, Elementor souhaite adopter une organisation avec « moins de niveaux hiérarchiques » et se recentrer sur son produit principal ainsi que sur sa communauté. La direction présente la restructuration comme nécessaire pour « répondre à la vitesse à laquelle l’industrie change », lire : la banalisation croissante des générateurs IA qui construisent des sites entiers à partir d’une phrase.
Le calendrier de cette annonce est frappant : la même semaine, plusieurs concurrents directs annoncent leurs propres fonctionnalités IA (Divi AI d’Elegant Themes, Ollie AI, WordPress 7.0 avec l’Abilities API). L’écosystème des page builders traverse manifestement un moment où la nature même de « construire un site » est remise en question.
Et pourtant : Elementor n’a jamais été aussi dominant
C’est là que ça devient intéressant. Une étude publiée par Gravity Kit avec les données HTTP Archive d’avril 2026 place Elementor à 32,67 % des sites WordPress dans le monde. Sur près de 3 millions de sites WordPress analysés, plus d’un tiers utilise Elementor. Loin devant l’Éditeur de blocs WordPress natif (20,6 %), wpBakery (8,5 %) et Divi (5,7 %).
Mieux : Elementor est aussi celui qui a le plus gagné de parts de marché sur l’année (+2,51 points de pourcentage). Il capte à lui seul plus de progression que tous les autres builders positifs réunis (+1,77 pp cumulés). À côté, Divi stagne (+0,06 pp), wpBakery s’effondre (-1,22 pp), et le seul builder qui progresse en pourcentage plus vite est Bricks, mais depuis une base 3 000 fois plus petite (10 000 sites vs 970 000 pour Elementor).
Pourquoi licencier quand on domine ?
La question mérite d’être posée. Une entreprise rentable, en position dominante, qui gagne des parts de marché chaque année depuis 2020, ne doit pas se restructurer. Sauf si elle anticipe une bascule structurelle qu’elle voit venir avant les autres. C’est probablement le calcul d’Elementor : la montée en puissance des générateurs de sites IA (v0, Base44, Framer AI…) risque de faire basculer une partie des utilisateurs vers des outils qui n’utilisent même plus WordPress comme sous-couche.
La stratégie sous-jacente semble être : garder les cash flows pendant que la position est forte, réduire les coûts avant l’impact de l’IA, et repositionner le produit sur ce qui reste défendable (intégration IA maison, marketplace de patterns, communauté). Elementor annonce d’ailleurs vouloir « se concentrer sur son produit principal et sa communauté », ce qui laisse supposer que des chantiers périphériques (Hello Commerce, Cloud, etc.) pourraient être redépriorisés.
Ce que ça dit de l’écosystème WordPress
Elementor n’est pas la première entreprise WordPress à licencier en 2026, et probablement pas la dernière. En pratique, même les acteurs dominants du secteur commencent à intégrer que la vague IA va redéfinir les usages plus vite que ce qu’on pouvait prévoir il y a deux ans. Pour les utilisateurs et utilisatrices d’Elementor, il n’y a pas de raison de s’inquiéter côté continuité produit : la base installée est énorme et l’entreprise reste rentable. En revanche, si vous étiez dépendant d’un support technique très réactif, il faudra probablement s’attendre à des délais de réponse un peu allongés dans les mois qui viennent.
L’article de Calcalist (en anglais) →
L’étude Gravity Kit sur les parts de marché des page builders →
