Le répertoire officiel de WordPress a accueilli plus de nouvelles extensions depuis janvier 2026 qu’en 2024 et 2025 réunies : 14 608, alors qu’il reste encore un trimestre. C’est le constat dressé par Jean Galea, le fondateur de WP Mayor, dans une analyse publiée sur LinkedIn.
Le revers de la médaille tient en une phrase : huit de ces nouvelles extensions sur dix comptent moins de dix installations actives.
Une courbe qui s’emballe
Pour arriver à ce chiffre, Jean Galea a récupéré l’intégralité du répertoire via l’API publique de WordPress.org le 22 septembre (73 193 extensions), puis les a triées selon leur date d’ajout. Le rythme mensuel parle de lui-même :
- juillet 2025 : 465 nouvelles extensions ;
- janvier 2026 : 881 ;
- mai 2026 : 1 671 ;
- juillet 2026 : 2 488.
Soit plus de cinq fois plus d’extensions publiées chaque mois qu’il y a un an. Et ce n’est pas l’œuvre d’une ferme à spam isolée : ces extensions proviennent de 10 532 auteurs différents. Au total, les nouveautés de 2026 représentent déjà environ un cinquième du répertoire.
63 extensions sur 14 608 au-delà de 1 000 installations
Côté adoption, le tableau est beaucoup moins flatteur. Sur les 14 608 extensions ajoutées cette année, seules 63 ont franchi la barre des 1 000 installations actives, soit environ 0,4 %. Et 80 % restent sous les dix installations (le compteur de l’API arrondit vers le bas, donc ce chiffre inclut les extensions qui n’en déclarent aucune).
Jean Galea ajoute un second chiffre, tiré du suivi quotidien de 9 720 extensions établies entre août 2025 et août 2026 : sur douze mois, 42,7 % d’entre elles ont perdu des installations, et seulement 13,4 % en ont gagné. Autrement dit, l’offre se multiplie sur un marché où la plupart des acteurs existants reculent déjà.
Il prend soin de préciser une limite de sa méthode : seules les extensions encore listées aujourd’hui sont comptées. Celles qui ont été fermées disparaissent du décompte, ce qui sous-estime un peu les années précédentes, mais pas au point d’expliquer une multiplication par cinq.
L’IA, coupable tout désigné
Pour Jean Galea, l’explication est simple : l’IA a rendu la création d’une extension bon marché. Il le dit d’expérience, puisqu’il a lui-même fait valider cinq extensions cet été, toutes construites avec des agents de code IA.
Sa conclusion mérite d’être citée : publier une extension sur le répertoire avait de la valeur parce que c’était difficile. Ce qui est rare aujourd’hui, ce n’est plus le code, mais la distribution, la confiance et un moyen d’être payé. Chaque nouvelle fiche partage un gâteau d’installations qui rétrécit, et WordPress ne propose toujours rien en natif pour le dernier de ces trois points.
Notre lecture
Démocratisation ou inflation ? Un peu des deux. Que l’IA permette à davantage de personnes de concrétiser une idée, tant mieux : certaines de ces petites extensions répondent à un besoin précis que personne n’avait pris la peine de couvrir.
Mais plus d’extensions ne fait pas un meilleur WordPress. Une extension, ce n’est pas seulement du code qui fonctionne le jour de sa publication : c’est de la maintenance, des mises à jour de sécurité, du support. Et c’est précisément ce que l’IA ne garantit pas. Il suffit de regarder l’explosion des signalements de failles cette année pour comprendre que la quantité a un coût.
Côté utilisateur, la conséquence est concrète : le tri devient votre travail. Avant d’installer une extension récente, regardez qui la publie, sa date de dernière mise à jour, la réactivité du forum de support et le nombre d’installations. Une extension à 8 installations publiée il y a trois mois n’est pas forcément mauvaise, mais vous jouez le rôle du testeur.
Et pour les éditeurs, le message de Jean Galea est limpide : le code n’est plus un avantage concurrentiel. La visibilité, la réputation et la relation avec les utilisateurs, si.
